Portraits de vignerons

Ils font corps avec les éléments, gardent la tête haute face aux aléas, transmettent l’amour du terroir à travers leurs vins. Les vignerons de l’AOC Fitou vous racontent leur attachement à leur métier, vous livrent leurs émotions.

Régis Abelanet

Vigneron -
Château Abelanet

Rencontre avec Régis Abelanet, vigneron (Château Abelanet, Fitou)

“Je suis né sur la table de la cuisine à Fitou Village, et j’ai été baptisé l’année de la première cuvée de l’appellation, en 1949 ! Je suis issu d’une famille de Fitounais depuis 1697, je suis la treizième génération, mon petit-fils sera la quinzième.

Fitou c’est mon identité, c’est ma façon de vivre. Le matin quand je me lève, j’ai la vue sur l’étang et le soleil qui se lève sur la mer.

J’ai abandonné mes études de droit pour devenir vigneron. J’étais fêtard, alors quand je me suis retrouvé dans les vignes, ce n’était pas évident ! Mais c’est un choix de vie et de métier que je n’ai jamais regretté. Je cherchais un contact avec la nature, j’avais besoin de voir le Canigou, l’étang et le soleil. Ici, je pouvais respirer. Je suis Fitounais dans l’âme.

Quand j’ai voulu reprendre la propriété, ma mère trouvait ce métier trop dur. Je me suis donné 5 ans, et au bout de 6 mois j’étais convaincu que j’y serais jusqu’à la fin de ma vie. J’ai eu une approche difficile concernant le travail de la vigne et de la vinification. Ce qui m’a sauvé, c’est la phrase de mon père : “Ne fais pas confiance à quelqu’un d’autre pour vendre ton vin”. Le contact avec les clients m’a fait aimer ce travail.

Il y a près de 50 ans, j’ai ouvert un caveau de vente dans le village. Un choix naturel auquel j’avais réfléchi : un client quand ça devient un ami, c’est gagné, à l’inverse d’un négociant. Parler et échanger avec les clients, c’est un vrai moment de bonheur. Le vin m’a permis de me faire des amis partout en Europe, c’est un formidable laissez-passer.

Le terroir est très beau, avec des sols différents qui nous permettent d’adapter les cépages à ces sols propres et sains, donc on a une régularité qualitative. La tramontane peut vous sauver une récolte, le marin peut vous la faire perdre ! L’ensoleillement est intéressant : les années de bonne qualité sont celles de chaleur, car le raisin a besoin de soleil. On n’a pas besoin d’ajouter du sucre pour obtenir des degrés intéressants.

On a évolué en préférant la culture raisonnée, une viticulture sobre en produits, on utilise les essaims de guêpes pour manger les œufs des vers de la grappe.

Mon fils a repris la propriété. Les enfants sont toujours meilleurs que les parents car le monde va en avançant.”

Max Saury

Viticulteur -
Maîtres Vignerons de Cascastel

Rencontre avec Max Saury, président des Maîtres Vignerons de Cascastel

“Ici, je suis dans mon élément. Ancré dans ce terroir sauvage où la météo façonne un paysage de roches et de montagne avec des endroits préservés. Je suis heureux d’évoluer dans un vignoble où chaque parcelle a une histoire.
Le travail est différent chaque jour et on doit composer en fonction des éléments ; cela nous évite la monotonie ! Notre terroir est diversifié, il nous permet de ne pas être impacté sur toutes les parcelles par la météo : s’il y a un gros orage, je peux aller travailler sur le schiste.

Je suis en bio par conviction. La réalité nous rattrape, on devrait se poser la question de savoir si le bio n’est pas notre avenir. Une vigne bio bien travaillée produit autant qu’une vigne conventionnelle. Pour cela, la maîtrise de la culture est essentielle. J’ai un îlot où je suis tout seul, 6 hectares, je vois le retour d’une biodiversité qui était partie ; est-ce une coïncidence ? Je ne sais pas !
J’aime la symbiose avec la nature. On a un paysage diversifié, donc un environnement différent selon les jours. Et puis, on est libre ! On peut travailler 15h un jour, rien le jour suivant.

Je suis la quatrième génération de viticulteurs. Enfant, mon grand-père m’amenait à la vigne à dos de cheval. Mon père m’a appris à tailler. Il me disait qu’il fallait bien comprendre la structure du cep et voir son évolution au fil des saisons, tailler la souche en fonction à contre-vent. Ce sont des moments qu’on garde en soi.

Mon père avait une boucherie qui l’occupait une bonne partie de la journée. Il partait ensuite à la vigne. Je me rappelle qu’il labourait avec le tracteur à chenilles et on finissait avec les phares. J’avais de l’admiration pour lui car il s’impliquait pour faire bouillir la marmite. Il était content que je prenne la relève. L’attachement à la terre se transmet de génération en génération.

La cave coopérative a permis à beaucoup de vignerons de conserver les exploitations. Chacun apporte la totalité de ses récoltes à la cave ; cela permet de créer des îlots de parcelles sélectionnées afin d’optimiser la qualité.Dans notre métier, il faut du tempérament. Celui de garder confiance en l’année suivante quand la récolte a été ravagée par une grêle ou par une période de gel, et nous laisse sans revenu. On se dit alors qu’il y aura des jours meilleurs !”

Christophe Pla

Viticulteur -
Mont Tauch – Cave coopérative

Rencontre avec Christophe Pla, viticulteur à Paziols.

“Ici, c’est mon terroir, mes racines.

Enfant, j’accompagnais mon grand-père sur l’exploitation, j’ai appris à conduire avec lui sur les chemins de vignes. J’ai connu les discussions pendant les repas sur la saisonnalité et la dureté du labeur.

C’est un beau métier, c’est pour ça qu’on continue à le faire.

Un métier où l’on évolue avec le temps, avec la nature, et c’est bien car on se remet en question tous les jours, on cherche de nouvelles méthodes, on s’adapte.

On est aussi résilients que les plantes qu’on cultive. Il faut du courage pour aller tailler au mois de février, quand le vent fouette le visage, ou l’été quand le soleil brûle. Sans savoir si derrière on va pouvoir se verser un salaire et couvrir les frais de l’exploitation.

La nature est riche, forte, et rude aussi. On veut faire de notre mieux, mais la nature a horreur du vide, elle nous donne des leçons, il faut faire avec. Elle m’a appris que je suis ce que je fais. Elle m’a appris l’humilité. Elle m’a appris à me relever. Comme une souche gelée, on repousse l’année d’après. J’ai appris à faire face, et la solidarité est essentielle pour nous aider quand on en a besoin.

Lever le pied est impossible, car les réalités économiques nous en empêchent, mais j’ai appris à profiter de l’instant, à stopper le camion pour prendre une photo, à profiter des paysages et de la vue à 360° sans aucune pollution visuelle.”

Pauline Romera Colomer

Vigneronne -
Domaine de Rolland
Rencontre avec Pauline Romera Colomer, Domaine de Rolland (Tuchan).

“Dans mes vignes, je suis dans mon élément. C’est un endroit rassurant, un héritage familial qui me permet d’avancer chaque jour un peu plus.

Travailler dans cet environnement sain et naturel, avec des paysages différents, c’est un vrai cadeau. Je ne m’en lasse pas, bien au contraire !
 
Les phénomènes climatiques sont plus fréquents. Il faut vivre avec, s’adapter en faisant évoluer les méthodes de culture ou les cultures elles-mêmes.

Je suis fière de faire ce métier : passionnant, exigeant, tellement plaisant au quotidien. Les métiers de la terre sont dévalorisés depuis quelque temps. Mais je suis convaincue que l’agriculture, dans sa dimension écologique, est l’avenir de notre planète. Après tout, c’est l’agriculteur qui nourrit le monde.”

Céline Peyre

Vigneronne -
Domaine Balansa

Rencontre avec Céline Peyre, Domaine Balansa (Villeneuve-les-Corbières).

« Sur ce terroir, je suis dans mon élément. Fière de nos Corbières jolies chantées par mon grand-père. Fière de cet environnement préservé. Ici, la nature est sauvage et généreuse.

C’est une chance de pouvoir travailler sur la terre de mes ancêtres, sur ce précieux terroir. Un terroir en coteaux, où le schiste colore les sols et donne finesse et expression au vin. Un terroir où le vent est rude, mais prévenant ! La tramontane est puissante, mais bénéfique à nos cultures. 


Vigneronne, c’est un métier très prenant aux journées variées. Sur une semaine, je peux être au bureau, en salon à l’autre bout de la France, à la vigne et à la cave,… C’est un métier qui nécessite une certaine flexibilité et une grande adaptation au climat saisonnier et à la météo du jour ! 

Rares sont les millésimes sans aléa ! Mais chaque saison est un nouvel émerveillement, où je re-découvre notre terroir. »

Damien Martinez

Vigneron -
Domaine du Cigalet

Rencontre avec Damien Martinez, Domaine du Cigalet (Villeneuve-les-Corbières).

“Ici, je suis dans mon élément, parce que c’est un bonheur de pouvoir prendre le temps de contempler le paysage, de travailler en harmonie avec la nature, de partager nos vins. C’est un peu vallonné, on a des points de vue différents selon les parcelles.

Au quotidien, je prends plaisir à aller observer les vignes, admirer la nature, préserver l’héritage de mes ancêtres. Au moins 6 générations de ma famille sont vignerons dans le village de Villeneuve. Je suis fier de perpétuer cet héritage.

Le terroir est rustique, mais il nous protège aussi. On a très peu de pluie, du vent, du soleil, donc on a naturellement des parcelles saines. C’est le premier traitement contre les maladies. La culture en gobelet de nos ancêtres s’adapte au soleil, et le vent assainit la souche.

On ne contrôle pas la nature, on la laisse s’exprimer, on travaille en harmonie avec elle. Jamais je n’ai de découragement. On subit les aléas comme un événement, pas comme une fatalité. La Nature nous donne tellement en positif.”

Christelle Virot

Viticultrice -
Vignobles Cap Leucate

Rencontre avec Christelle Virot, viticultrice, Vignobles Cap Leucate.

“Ici, je suis dans mon élément, car je suis seule dans la nature, je fais comme je veux, quand j’ai envie. C’est agréable de travailler à l’extérieur, avec le beau temps, le soleil, la tramontane. S’il pleut, je n’y vais pas, mais c’est très rare qu’il pleuve ! Les jours de grosse chaleur, on adapte les horaires.

Je crains le vent l’hiver, à cause du froid, et au moment du relevé, parce que les végétaux peuvent casser. Le climat est rude, avec très peu de pluie, les vignes souffrent. On s’adapte. On fait avec ce qu’on a. Pour faire ce métier et suivre les aléas dus à la sécheresse, il faut être vaillant, courageux, minutieux, exigeant, rigoureux.

En chaque agriculteur, il y a une grande force. On se dit qu’on va s’en sortir, que ça va aller mieux, on essaye de garder un moral positif. On est solidaires les uns avec les autres.”

Marion Fontanel-Moyer

Vigneronne -
Château Les Fenals

Rencontre avec Marion Fontanel-Moyer, vigneronne, Château Les Fenals (Fitou).

“Ici, je suis dans mon élément, parce qu’on crée avec la matière que la nature nous donne. À nous d’en faire ce qu’on peut, avec notre personnalité et notre perception.

C’est une chance d’être là ! On a la mer, on voit le Canigou, on est au bord de l’étang, j’ai tout devant les yeux. Le soleil et la tramontane me donnent l’envie de me bouger !

Si l’on se prend un gel, une grêle, une sécheresse, on ne peut rien faire. C’est à nous de nous adapter à la nature.

Chaque année, on recommence à zéro, on se remet en question, c’est ce qui me plaît. C’est en nous, c’est notre terre.”

Valérie Guérin

Vigneronne -
Les Mille Vignes

Rencontre avec Valérie Guérin, vigneronne, Les Mille Vignes (La Palme).

“Dans mes petits jardins de vigne, je suis dans mon élément, car je vois les étangs, la lagune, et, derrière, la mer. Si je me tourne, je vois les Corbières et les Pyrénées. Si je me baisse, je vois la terre, et je sens la poussière.

Dans cet environnement séduisant, mon travail est d’aller chercher de la fraîcheur dans mes vins. Être vigneron, c’est être un grand jardinier. Sur 11 hectares, j’ai 13 jardins que je bichonne. Je cultive le rare : des cépages adaptés au soleil. Mon encépagement a plus de 75 ans, il est en pleine santé !

Je donne des vins élevés avec patience, qui, même jeunes, se goûtent bien, car j’ai su prendre le temps de jardiner, d’élever, de vinifier, de transmettre.

Je suis en création continue. Si l’on ne crée pas, on régresse. J’ai une pensée toujours en mouvement dans cet environnement idyllique.”